Je ne résiste pas à vous inviter à lire la tribune de Duhamel dans Libé à propos de Ségolène Royal, des people et de l'ordre juste.... A méditer !
Cette fois-ci, avec l'intrusion de la peopolisation, avec l'émergence de la démocratie d'opinion, il s'agit d'une mécanique beaucoup plus redoutable.
La peopolisation n'est en effet que l'avant-garde caricaturale de la démocratie d'opinion. Elle envahit en fait beaucoup plus profondément la scène politique que son strass et ses paillettes ne pourraient le faire croire. Elle incarne, elle symbolise en effet le triomphe de l'image sur le verbe, de l'émotion sur la réflexion, de la subjectivité sur la rationalité. Elle consacre la victoire de la séduction sur la conviction. Lorsque Ségolène Royal refuse un questionnement précis ou se dérobe à une confrontation hasardeuse mais qu'elle démultiplie à l'infini un sourire radieux et qu'elle distille méthodiquement des propos élliptiques «l'ordre juste» elle joue pleinement ce jeu, d'ailleurs avec bonheur et efficacité. Ce qu'elle recherche, c'est d'être le miroir d'une espérance, un air de nouveauté, un souffle de détermination emphatique, bref un sentiment. Le contraire d'une démonstration, d'un projet développé, d'un contrat sur le mode mendésiste.
Quand Nicolas Sarkozy prononce, lui, de longs discours très charpentés, accumulant les propositions savamment iconoclastes, mais qu'il donne une accolade millimétrée à Johnny Hallyday ou qu'il se fait photographier aux côtés de son ami Jean Reno, il se comporte de façon complètement schizophrénique : il travaille des textes, contestables mais réfléchis, puis il met en scène des postures qui ne peuvent que les éclipser, jusqu'à les effacer. Lorsque Dominique de Villepin surgit de l'Atlantique tel un Poséidon triomphant devant les caméras et les photographes dûment convoqués, il sait bien que l'on ne retiendra pas un mot de son allocution mais que l'impression de vitalité virile qu'il a su donner imprégnera les esprits.
Il ne s'agit pas là de pittoresque marginal ou d'excès frivole mais du coeur même de la peopolisation et de l'essence de la démocratie d'opinion, donc d'émotion. L'univers politique est en effet submergé par ce mascaret-là. Cet été, la presse people a battu ses records de diffusion avec les photos volées de Ségolène Royal en maillot de bain ou celles de Nicolas Sarkozy main dans la main avec Cécilia. Pendant ce temps, les quotidiens de qualité étaient à la peine. Pour asseoir leur popularité, la quasi-totalité des dirigeants se rue vers les émissions de variétés où ils peuvent embrasser leur vieille maman, étreindre leurs amis d'enfance, jouer à la pétanque ou pédaler vigoureusement.
Cela leur vaut cinq points de mieux dans les sondages durant quelques semaines. L'objectif n'est pas d'éclairer, d'expliquer, de convaincre mais d'attirer la sympathie. La peopolisation exige des hommes politiques qu'ils sachent plaire en tant qu'hommes et non pas en tant que politiques. Des déboires conjugaux, des rumeurs de mariage, et chacun se passionne, s'informe, commente. Une longue tribune argumentée, dense et solide dans un journal sérieux, cela vaut une brève en bâillant. Pour gagner en 2007, l'un se métamorphose en metteur en scène de péplum, l'autre, en icône salvatrice. Il ne reste plus qu'à remplacer les deux tours de scrutin par un jeu télévisé.



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