Je ne résiste pas à vous inviter à lire la tribune de Duhamel dans Libé à propos de Ségolène Royal, des people et de l'ordre juste.... A méditer !
Peopolisation, la politique toc
Par Alain DUHAMEL
A l'instant où Andre Agassi, charismatique inventeur et symbole
du tennis people, se retire du circuit, la peopolisation submerge
la campagne présidentielle française. Les deux favoris actuels,
Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, la consomment sans modération.
Plutôt qu'un plateau de 20 heures, la présidente de
Poitou-Charentes a choisi Jamel Debbouze pour avouer ses ambitions
présidentielles. Quant au ministre de l'Intérieur, il a mis en
scène, à l'américaine ou à la Berlusconi, le renfort de Johnny
Hallyday et de Doc Gyneco. L'objectif des deux prétendants les plus
populaires est évident : humaniser leur image (ils sont les fans
des mêmes stars que leurs électeurs), valoriser leur statut (ils
sont les amis personnels des vedettes), marquer aussi le changement
de génération (la société politique doit trouver son inspiration
dans la société civile). C'est le triomphe de la démocratie
d'opinion. L'élection du chef de l'Etat au suffrage universel a
certes mécaniquement conduit depuis des décennies à la
personnalisation extrême de la politique, mais la peopolisation est
à la personnalisation ce que le rococo est au baroque : une
dégénérescence extravagante et envahissante. Ségolène Royal et
Nicolas Sarkozy ont ainsi fait le choix, chacun en une occasion
théâtrale, de la politique en stuc et en toc.
Bien entendu, ils ne sont pas les premiers à mobiliser au
service de leur cause des chanteurs et bientôt des acteurs, des
sportifs, des écrivains ou des comédiens. A l'époque du Front
populaire, Jean Renoir soutenait la gauche et Pierre Fresnay, la
droite. Malraux et Mauriac flanquaient le général de Gaulle, Aragon
et Picasso valorisaient le PCF. Renaud chantait pour François
Mitterrand et Line Renaud encourageait Jacques Chirac. Arditi
votait Jospin et Delon pour le camp d'en face. L'engagement des
artistes, des écrivains, des champions sportifs était un acte
civique, une tradition française bien vivante depuis la Révolution
: on pouvait parfois sourire des formes qu'elle prenait mais non
pas grimacer, sauf sous Vichy.
Cette fois-ci, avec l'intrusion de la peopolisation, avec l'émergence de la démocratie d'opinion, il s'agit d'une mécanique beaucoup plus redoutable.
Cette fois-ci, avec l'intrusion de la peopolisation, avec l'émergence de la démocratie d'opinion, il s'agit d'une mécanique beaucoup plus redoutable.
La peopolisation n'est en effet que l'avant-garde caricaturale de la démocratie d'opinion. Elle envahit en fait beaucoup plus profondément la scène politique que son strass et ses paillettes ne pourraient le faire croire. Elle incarne, elle symbolise en effet le triomphe de l'image sur le verbe, de l'émotion sur la réflexion, de la subjectivité sur la rationalité. Elle consacre la victoire de la séduction sur la conviction. Lorsque Ségolène Royal refuse un questionnement précis ou se dérobe à une confrontation hasardeuse mais qu'elle démultiplie à l'infini un sourire radieux et qu'elle distille méthodiquement des propos élliptiques «l'ordre juste» elle joue pleinement ce jeu, d'ailleurs avec bonheur et efficacité. Ce qu'elle recherche, c'est d'être le miroir d'une espérance, un air de nouveauté, un souffle de détermination emphatique, bref un sentiment. Le contraire d'une démonstration, d'un projet développé, d'un contrat sur le mode mendésiste.
Quand Nicolas Sarkozy prononce, lui, de longs discours très charpentés, accumulant les propositions savamment iconoclastes, mais qu'il donne une accolade millimétrée à Johnny Hallyday ou qu'il se fait photographier aux côtés de son ami Jean Reno, il se comporte de façon complètement schizophrénique : il travaille des textes, contestables mais réfléchis, puis il met en scène des postures qui ne peuvent que les éclipser, jusqu'à les effacer. Lorsque Dominique de Villepin surgit de l'Atlantique tel un Poséidon triomphant devant les caméras et les photographes dûment convoqués, il sait bien que l'on ne retiendra pas un mot de son allocution mais que l'impression de vitalité virile qu'il a su donner imprégnera les esprits.
Il ne s'agit pas là de pittoresque marginal ou d'excès frivole mais du coeur même de la peopolisation et de l'essence de la démocratie d'opinion, donc d'émotion. L'univers politique est en effet submergé par ce mascaret-là. Cet été, la presse people a battu ses records de diffusion avec les photos volées de Ségolène Royal en maillot de bain ou celles de Nicolas Sarkozy main dans la main avec Cécilia. Pendant ce temps, les quotidiens de qualité étaient à la peine. Pour asseoir leur popularité, la quasi-totalité des dirigeants se rue vers les émissions de variétés où ils peuvent embrasser leur vieille maman, étreindre leurs amis d'enfance, jouer à la pétanque ou pédaler vigoureusement.
Cela leur vaut cinq points de mieux dans les sondages durant quelques semaines. L'objectif n'est pas d'éclairer, d'expliquer, de convaincre mais d'attirer la sympathie. La peopolisation exige des hommes politiques qu'ils sachent plaire en tant qu'hommes et non pas en tant que politiques. Des déboires conjugaux, des rumeurs de mariage, et chacun se passionne, s'informe, commente. Une longue tribune argumentée, dense et solide dans un journal sérieux, cela vaut une brève en bâillant. Pour gagner en 2007, l'un se métamorphose en metteur en scène de péplum, l'autre, en icône salvatrice. Il ne reste plus qu'à remplacer les deux tours de scrutin par un jeu télévisé.

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Rédigé par: jqdcytzdrf | 09/02/2008 à 22:32
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Rédigé par: hmmoesprny | 09/02/2008 à 22:33
je suis étonné qu'ul n'y ait pas plus de commentaires àà votre billet ! ;)
Rédigé par: Sarkozy | 16/10/2008 à 08:33
personnellement je n'arrive pas a comprendre cet homme à cet age et il se prend pour un adolescent! surement il a quelque chose au fond de lui qui ne va pas
Rédigé par: berlosconu | 15/07/2009 à 19:43