
Dimanche 29 mai p.55
Le « non » est à 55%. (…) Les Français trouvent l’Europe trop libérale et trop peu démocratique. Le traité constitutionnel européen permettait le début d’une réorientation. Je ne crois pas que le « non » soit fondateur d’un nouveau cycle à gauche. Il est le produit des circonstances. Il est le révélateur de la colère française vis-à-vis du libéralisme ambiant en Europe. Il est la sanction de la « démission » de Jacques Chirac face à la construction européenne. Si le Parti socialiste porte sa part de responsabilité, c’est qu’il n’a pas donné de sens, de contenu à son alternative. Il a trop tardé à produire son projet et les Français n’ont vu que le « non » pour s’opposer. (…)
Samedi 2 juillet p.60
Rendez-vous ce matin à la Fondation Jean-Jaurès pour un séminaire sur le référendum. La cité Malesherbes a été le siège historique de la SFIO. C’est aussi, je ne peux m’empêcher d’y penser chaque fois que j’y pénètre, le lieu de la rencontre de mes parents. Mon père, qui avait quitté très tôt le Parti communiste, au milieu des années 1930, à l’occasion des procès de Mos¬cou, s’était engagé à la SFIO avant la guerre. Après avoir été démobilisé, il rejoignit le réseau de résistance Libé-Nord. Après la guerre, il a plusieurs fois été candidat en Seine-et-Marne – et fut battu autant de fois. Jamais élu, il avait cependant un titre qui existait alors dans ce parti très structuré et très hiérarchisé, titre dont il était fier : il était « orateur » de la SFIO, ce qui lui donnait le droit de s’exprimer dans les réunions publiques au nom de son parti. Après avoir été instituteur, il donnait aussi des consultations juridiques gratui¬tes cité Malesherbes... qui était le siège du Populaire, le journal du parti pour lequel ma mère, journaliste, tra¬vaillait.
Jeudi 7 juillet pp.61-63
Après les États-Unis le 11 septembre 2001 et l’Espagne le 11 mars 2004, c’est au tour de la Grande-Bretagne d’être frappée par les attentats terroristes. (…) J’observe Tony Blair dans ce moment difficile. (…) Le Premier ministre, qui a appelé les Britanniques au calme et au rassemblement, qui a opposé au terrorisme une in¬transigeance absolue, n’était plus l’homme las et parfois désabusé qui était apparu sur les écrans ces derniers temps. Il avait de l’énergie et de la dignité. Un souffle churchillien, un peu de l’âme de cette nation qui a tou¬jours résisté à toutes les tentatives d’occupation, passaient dans son discours à la fois inspiré et rassurant. C’est dans ces moments-là qu’on mesure la stature d’un responsable politique, par sa capacité à défendre les intérêts vitaux de son pays, à exprimer l’esprit d’un peuple, à créer la confiance à l’instant même où elle est la plus menacée, donc la plus nécessaire.
Dimanche 5 février pp.338-339
La crise née de la publication des caricatures de Ma¬homet s’amplifie (…) Puisqu’il faut y revenir, revenons y. La liberté d’expression passe par la liberté de la presse. Qu’on ne compte pas sur moi pour remettre en cause un des acquis fondamentaux de notre démocratie. Celle-ci ne justifie pas tout, bien sûr. La liberté de la presse a son corollaire : la responsabilité. Elle ne saurait être absolue. Mais elle est intangible. Renoncer à la liberté d’expression, c’est renoncer à la démocratie (…) Je trouve injuste, inepte même, d’assimiler islam et terro¬risme par une caricature qui fait du prophète Mahomet un fauteur de terrorisme. (…) Je comprends que la plupart des musulmans soient choqués par cette représentation du prophète, qu’ils se sentent blessés, atteints dans leur foi, meurtris. Mais eux ne sombrent pas dans la violence. Ils expriment de l’incompréhension, pas de la haine. Rien ne justifie la violence actuelle des protestations ni les déchaînements d’intolérance.
CONCLUSION pp346-360
(…) Nous ne pouvons rester immobiles face à l’intensification de la mondialisation et aux effets qu’elle exerce sur l’économie comme sur la société : les Français l’ont bien compris. L’effort à produire est considérable. Préserver notre culture, nos traditions, notre héritage politique et social et, dans le même temps, transformer notre pays pour lui imprimer le rythme du monde, saisir les oppor¬tunités offertes par cette nouvelle donne, permettre à la France de conserver son rang et son influence : voilà la tâche qu’il faut accomplir. Elle est exigeante. Elle requiert plus que de la détermination, presque de l’acharnement. (…)
La question centrale de l’élection de 2007 sera donc bien la suivante : un président pour quoi faire ?
Il faut d’abord un président qui imprime une orienta¬tion politique. (…) Le président ne saurait cependant varier au gré des ressacs de l’opinion publique. Il ne peut être un président-ectoplasme qui ne s’enquerrait des sondages que pour s’y conformer. Rien ne serait plus détestable dans son prin¬cipe ni plus dangereux dans son accomplissement qu’un président qui demanderait alentour ce qu’il doit faire : il lui faut savoir ce qu’il veut pour la France et l’indiquer aux Français. (…)
Si le président doit considérer les sondages avec pru¬dence, il doit aussi tenir à distance les experts. Souvent issus de l’ENA, ces derniers savent tout ou presque. (…) Je ne prétends pas que la compétence n’est pas nécessaire à l’exercice des responsabilités gou¬vernementales parce que les questions à traiter seraient avant tout politiques. Je pense au contraire que la compé¬tence est plus nécessaire encore aujourd’hui qu’hier parce que le monde est devenu plus compliqué et que les affaires de l’État ont gagné en technicité. Mais je crois que c’est le responsable politique lui-même qui doit être compétent, et pas seulement ses conseillers dont la tendance naturelle est de chercher à le transformer en perroquet. (…)
Le président doit indiquer un chemin au pays, et c’est justement ce qui ne s’est pas passé en 2002. (…) Faire entendre la voix de la France, voilà bien ce qui relève du président de la République et qui ne relève que de lui. Ce message fait de l’alliance de la liberté et de l’égalité, beaucoup de peuples sont prêts à l’entendre. Beaucoup nous disent aujourd’hui combien ils souffrent de ne plus l’entendre. Plus près de nous, nos amis nous attendent pour re¬prendre le cours de la construction européenne. Nous ne le ferons pas sans eux, mais ils ne le feront pas sans nous. Le prochain président n’aura que peu de temps pour prendre des initiatives s’il souhaite en voir l’aboutissement. C’est pourquoi il doit avoir dès maintenant à l’esprit la voie qu’il entend proposer. (…)
Reste la confiance. (…) Si la confiance nous fait défaut, c’est parce que l’avenir paraît sombre. Le sentiment du déclassement gagne toutes les catégories de la population, ceux qui souffrent depuis longtemps comme ceux qui découvrent la souffrance. A tous ceux-là, je veux dire que je crois en notre avenir collectif. (…)
Cela fait trente ans, presque jour pour jour, que j’ai adhéré au Parti socialiste. J’avais un peu plus de vingt ans – l’âge des enthousiasmes. J’ai maintenant l’âge de la détermination. (…) Faire de la politique, c’est vouloir servir. C’est vouloir changer le monde. C’est vouloir changer la vie. Briguer les plus hautes charges, c’est ne pas rester frileusement en retrait : c’est vouloir mettre en accord des années de combat militant et ce que je crois juste pour la France. Je veux redonner l’espoir de construire le monde au¬trement qu’en s’inclinant devant le pouvoir de l’argent. Je veux faire en sorte que l’espoir change de camp.
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