La victoire au bout de la nuit
Comme je vous l'ai dit hier après-midi, je suis parti à Rome, dès que les premières estimations ont été connues, pour partager la joie de la victoire avec mes amis de la Gauche italienne. Je n'imaginais pas vivre une nuit aussi intense et haletante qui, heureusement, s'est bien terminée. Arrivé tard dans la soirée, je suis resté très tard Place des Santissimi Apostoli, au siège de l'Ulivo. La fête Place du Peuple a été reportée, mais la joie, tous ensemble, à l'annonce de la victoire, aux alentours de 3 heures du matin, était formidable à vivre.
C'est en effet une certitude désormais : la Gauche a gagné les élections et Romano Prodi sera le prochain Président du Conseil; la majorité est nette à la chambre des députés, mais l'écart en voix est faible : 25 000 voix sur 47 millions d'électeurs ! Au Sénat, et c'est important car le Sénat italien dispose de prérogatives identiques à celles de la Chambre des députés, la Gauche l'emporte, notamment grâce aux Italiens de l'étranger, qui pouvaient voter pour la première fois.
La page Berlusconi est tournée, même s'il a demandé un nouveau décompte sur 45 000 bulletins et s'il demande maintenant une grande coalition à l'allemande. Son bilan est édifiant : multiplication des lois taillées sur mesure pour lui, ses intérêts financiers et ses amis; politique ultra-atlantiste, y compris pendant la présidence italienne de l'Union européenne; politique économique absurde qui lui a même valu l'hostilité du patronat italien. Avec Berlusconi, l'Italie allait à la faillite et on peut même être étonné que près d'un Italien sur deux ait voulu lui confier à nouveau les clefs du pays.
Il y a peut-être des leçons à tirer de cette fin de campagne plus difficile que prévue pour la Gauche. Je ne m'étendrai pas sur la valeur des sondages. Je n'y croyais guère avant; je n'y crois toujours pas. Le corps électoral est complexe et les méthodes mises en oeuvre n'arrivent pas à rendre compte de cette complexité.
Sur le fond, je pense que la Gauche italienne a trop parié sur un rejet pur et simple de Berlusconi et n'a pas assez mis en avant ses propositions, notamment en matières fiscale, sociale (notamment pour une vraie politique de la petite enfance) et sociétale, avec le PACS à l'italienne. Bien sûr, ce n'était pas facile et l'Eglise a pesé de tout son poids pour "inhiber" la coalition de l'Olivier. Je pense que, pour gagner en 2007, nous, socialistes français, devons mettre en avant nos propositions, sans nous préoccuper plus que cela de ce que pensera tel ou tel candidat de droite. Si nous voulons gagner, nous devons être nous mêmes en nous opposant, certes, mais surtout en proposant et en donnant aux électeurs des raisons de voter pour nous. Le travail de réflexion réalisé depuis presque cinq ans doit porter ses fruits pour convaincre.
Il faut maintenant souhaiter à Romano Prodi beaucoup de succès pour la formation de son Gouvernement. Même si sa coalition comprend plusieurs partenaires, les primaires de l'automne dernier et les discussions autour du programme permettent d'espérer que ce Gouvernement va durer et va pouvoir réaliser les réformes dont le pays a besoin.
Pour la France, c'est une chance et j'espère que nous pourrons, ensemble, avec nos amis italiens, travailler à de nombreux projets communs, y compris et surtout au niveau communautaire.
Voilà ce que je voulais vous dire, de retour de Rome, après un déplacement qui restera dans ma mémoire !
DSK
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